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Jun 20, 2018

VN-VN : La culture vestimentaire vietnamienne



1. Les traits de culture
« Dis mois comment tu t’habilles, je te dirai qui tu es. »
L’habillement est un besoin de base et reflète bien entendu l’histoire et la culture d’un peuple.

Dans un pays pauvre, il faut savoir assurer le manger et le s’habiller. Il faut reteindre les vêtements quand les couleurs commencent à se faner, les rapiécer au fur et à mesure qu’ils se déchirent.

Dans un pays chaud, les vêtements doivent être légers, amples et aérés. Les femmes portent des tuniques à manches courtes et des jupes larges. Les hommes sont torse nu avec un pagne, leurs cheveux sont coupés court ou en chignon et ils portent des couvre-chefs à larges bords. Hommes et femmes sont nu-pieds, en sabots ou en sandales, rarement en chaussures.

Dans un pays essentiellement agricole, les vêtements sont plutôt de couleur marron ou noir, comme la boue ou la terre. Les matériaux proviennent de la nature et les gens cultivent le murier, le cotonnier, élèvent le ver à soie, utilisent l'écorse de l'upas ou les fibres de bananes pour en faire du tissu,... et notre pays était déjà réputé pour toutes sortes de soie, de gaze, de brocart et autres tissus.

L'aspect fonctionnel de protection contre le soleil et le froid mis à part, nous pouvons observer d'autres aspects concernant les vêtements :

- Fonction esthétique : Bien que simple et rudimentaire, l'habillement vietnamien est plutôt recherché dans ses choix de formes, de coupes, de couleurs, de motifs de décoration ou de matériaux.
- Fonction médicale : Le climat humide et le régime des moussons engendrent des rhumatismes et et les gens doivent savoir choisir les bois adéquats pour fabriquer les sabots pour les personnes âgées tout comme les matériaux pour confectionner des chapeaux pour les enfants.
- Fonction sociale : La tenue vestimentaire codifie strictement la hiérarchie sociale du système féodal.
- Fonction politique : Mille ans de domination chinoise ni cent ans de domination française n'ont pas pu faire disparaitre l'identité nationale dans l'habillement. (Cet article en est une preuve.)
- Fonction morale : Le proverbe "La pauvreté ou la famine ne doivent pas faire perdre sa dignité" est là pour enseigner les codes moraux de base en société.

2. Les tenues vestimentaires au fil du temps

Dès la fondation de la nation, sous les rois Hùng, les tambours de bronze et autres scuptures en relief ont montré des personnages vêtus avec goût.
Ci-dessous, nous allons examiner quelques illustrations de l'habillement vietnamien sous le regard artistique de Nancy Dương, une jeune artiste fortement influencée par la culture asiatique :
 

3. Tenues caractéristiques du Vietnam

3.1 Région du Nord
- Cheveux en queue de poule
"La chevelure et les denture définissent la personne", dit le proverbe.

Les cheveux sont enroulés bien en ordre, avec une raie au milieu (symbole de vertu pour une femme), ramenés sur le côté et enveloppés dans un turban étroit autour de la tête.

La mèche de cheveux qui dépasse s'appelle "en queue de poule".
A propos de denture, une coutume particulière consiste à se teindre les dents. 
Selon la légende, cela va de pair avec le tatouage corporel et la chique de bétel. Explication plus logique : le bétel laisse sur les dents des taches noirâtres plutôt inesthétiques et donc, afin de rester belles sans sacrifier le plaisir, les femmes (surtout) préfèrent se teindre complètement les dents (mes deux grand-mères les avaient noires), même si le processus est assez long et pénible (mais il faut souffrir pour être belle, n'est-ce pas ?). Un autre avantage est de protéger l'émail des dents.
La pratique a aujourd'hui disparu, sauf chez certains peuples montagnards.

- Turban en bec de corbeau

De couleur noire (comme le corbeau), le turban doit être enroulé en harmonie avec la forme du visage pour lui créer l'aspect d'une fleur de lotus.
- Chapeau à mentonnière de soie

C'est un couvre-chef sophistiqué et coûteux que les femmes portent lors des grandes occasions (festivités, Têt, mariages, ...).

De la forme d'une roue de 70 à 80 centimètres, il est tissé avec des feuilles de palmier, et une mentonnière en soie permet de le maintenir bien en place sur la tête.
- Tunique "Yếm"
Caractéristique des femmes nordistes d'autrefois, le vêtement est constitué d'un carré de tissu dont deux extrémités sont prolongées par deux cordons pour attacher derrière le dos, le haut étant retenu autour du cou grâce à un autre cordon.

La tunique est généralement constituée de deux couches pour contenir quelque monnaie.

Le tissu utilisé est souvent de la soie, ou au moins lisse et de bonne qualité, le vêtement étant porté à même la peau.
Au niveau des couleurs, le yếm marron est porté tous les jours dans les campagnes, le yếm blanc en ville, les couleurs vives sont plus portées lors des fêtes. 
A la maison, les femmes ne portent parfois que le yếm, surtout quand il fait chaud.

La fonction du yếm est supposée protéger la poitrine mais aussi pour la mettre en valeur. L'image de la femme à la campagne, un jour de grand soleil, portant uniquement le yếm, dévoilant le dos et sur les côtés est quelque chose de vraiment sensuel.

Irremplaçable, le yếm est et restera une source d'inspiration pour les poètes ou les créateurs de mode.

- A la maison, une tunique à manches courtes (áo cánh) peut être portée sur le yếm.


- Tunique "4 pièces" (áo tứ thân)


La tunique se porte pour sortir.

Personne ne saurait dire ses origines exactes mais des images de ce vêtement ont été retrouvées en décoration sur les tambours de bronze Ngọc Lũ il y a plus de deux mille ans.
Raison logique : dans le temps, les machines à tisser ne pouvaient pas produire des grands formats et il fallait donc assembler quatre pièces pour faire une tunique.




- Tunique "5 pièces" (áo ngũ thân)


Vers la fin du dix-neuvième siècle, pour paraître plus élégantes et nobles, les femmes citadines ajoutent une cinquième pièce à la tunique "4 pièces".

Sur la photo, nous pouvons constater que les maîtresses sont en "5 pièces" et les employées en "4 pièces".



3.2 Région du centre

Les femmes de cette région sont caractérisées par : les turbans, la longue chevelure, le chapeau conique et bien entendu, le fameux "áo dài".

- Le turban simple et le turban "à rebords" 


Photos de la dernière impératrice Nam Phương portant le turban "à rebords" et le turban simple.


Destiné à protéger du soleil du Sud mais aussi à embellir, le turban simple est un morceau de tissu (soie ou crêpe) d'environ soixante centimètres, enroulé autour de la tête.

Lors des fêtes, un deuxième turban de couleur bleue est enroulé sur le turban simple pour donner un turban "à rebords". Il faut compter une demi-heure pour ce faire.
A l'origine réservé à la famille royale et aux aristocrates, les turbans se sont popularisés pour être portés lors du mariage ou les grandes fêtes.

- Les cheveux longs "en gage" à Huế 

Les cheveux longs ont toujourrs été à l'image de la jeune fille de Huế, l'ancienne capitale dans le Centre. 

En amour, les jeunes gens et les jeunes filles avaient pour coutume de s'échanger une mèche de cheveux en gage, comme dans le roman de Nguyễn Du, quand Thuý Kiều fait sa promesse d'amour à Kim Trọng. D'où l'expression " les cheveux en gage".


Les jeunes filles de Huế ont généralement les cheveux longs jusqu'à mi-dos, voire très longs, et ne portent pas de broches comme les Chinoises.


Ces cheveux longs ne sont portés que par les jeunes filles non mariées, qu'elles aient un amoureux ou pas, et surtout dans la fleur de l'âge.


- Le chapeau conique "à poème"


Dès les anciens temps, les Vietnamiens ont appris à confectionner des couvre-chefs à l'aide de feuilles (palmier, bananier, ...).


La forme du chapeau permet de se protéger du soleil sans faire transpirer comme avec un chapeau qui enserrerait la tête. Une jugulaire en tissu mince permet de le garder au cou.


C'est un symbole particulier de la femme vietnamienne en général mais le chapeau conique à Huế est, en plu, orné d'un poème inscrit à l'intérieur.


- Le Áo dài (tunique longue), trait de grâce du Vietnam

Il est vraiment difficile de traduire le mot Áo dài, dans la mesure où il n'a pas son pareil nulle part dans le monde.
Ses origines sont indéterminées mais il figurait déjà sur la statue de Dame Ngọc Nữ, dans le temple Dâu (Thuận Thành, province de Bắc Ninh). 
Avec un col haut, lÁo dài arrive jusqu'à environ vingt centimètres au-desus des talons et se porte près du corps (les Chinois l'appellent “bì bào”, signifiant "vêtement qui colle à la peau").
Il est fendu sur les côtés au niveau des hanches et est complété par un pantalon de couleur blanche, les pantalons noirs étant réservés aux femmes mariées.
Plus qu'un vêtement, lÁo dài est le symbole de l'habillement féminin au Vietnam et fait partie du patrimoine culturel matériel du pays, indispensable au charme et à la grâce de la femme vietnamienne.

3.4 Région du Sud

La femme du Sud évoque l'image de simplicité et de douceur, ce que nous retrouvons dans son ensemble "bà ba"
  
Tunique courte à manches longues, sans col, de couleurs foncées (marron ou noire pour les travaux des champs) 
et Pantalon noir long jusqu'aux talons.

Complétons le tout avec un foulard "khăn rằn" et le compte est bon.

Originaire du peuple Khmer, le "khăn rằn" est un simple tissu à carreaux bicolore (noir et blanc ou marron et blanc) d'environ 1,20 m x 40-50 cm et se porte autour de la tête ou autour du cou.
Pour les gens du Sud, il est devenu un compagnon inséparable au quotidien, pour se protéger du soleil et du vent, éponger la sueur, sécher une larme ou cacher un sourire.

L'ensemble est définitivement la signature des gens du Sud.


3.5 Autres groupes ethniques

Nous savons qu'au Vietnam, le peuple Kinh est majoritaire à côté de cinquante trois autres ethnies avec une grande diversité culturelle.
Dans le cadre de cet article, nous ne pouvons montrer qu'une petite mosaïque de photos illustrant les habits traditionnels de quelques groupes ethniques.

4. Conclusion

La culture vietnamienne semble être, dans tous les domaines, extrêmement riche et multiforme. L'habillement n'échappe sûrement pas à la règle.

J'ai toujours été émerveillé par le carré de yếm, la tunique "4 pièces", le turban "bec de corbeau", la longue chevelure, le chapeau conique, l'ensemble "bà ba" et bien sûr le Áo dài.

Aujourd'hui, au vingt et unième siècle, la mondialisation a balayé beaucoup de ces traits de culture. Cependant, notre âme vietnamienne est toujours là et de tamps à autre, lors de certaines rencontres de notre communauté (Têt en tête), mon cœur revit à la vue de ces merveilleux  Áo dài portés par ces dames et ces demoiselles.
Puissions-nous garder ce patrimoine culturel pour toujours.


Yên Hà, juin 2018
A lire également:

VN-VN / Croyances et valeurs des Vietnamiens :
https://phu-tran.blogspot.com/2018/04/vn-vn-croyances-et-valeurs-vietnamiennes.html


VN-VN : La culture culinaire vietnamienne
http://phu-tran.blogspot.com/2017/12/vn-vn-la-culture-culinaire-vietnamienne.html


VN-VN : La langue vietnamienne
http://phu-tran.blogspot.com/2017/11/vn-vn-la-langue-vietnamienne.htm


VN-VN : L’histoire du Vietnam en bref
http://phu-tran.blogspot.com/2017/05/lhistoire-du-vietnam-en-bref.html


VN-VN : Le Vietnam et les Vietnamiens
http://phu-tran.blogspot.com/2017/04/le-vietnam-et-les-vietnamiens.html


VN-VN : Les noms et prénoms vietnamiens
http://phu-tran.blogspot.com/2017/03/les-noms-et-prenoms-vietnamiens.html


VN-VN : Us et coutumes du Tết vietnamien
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